Direct 8 : la Télévision de la Chapelle

13 mai 2007 à 14:46
Troisième et dernier volet de ce petit triptyque très politique : Direct 8, la TV de mon pote Bolloré. Pour commencer, précisons que Bolloré n'étant pas coté en Bourse, les informations à son sujet sont nettements plus difficile à trouver que sur les deux précédents.
Mais commençons, comme vous en avez l'habitude maintenant, du média concerné : Direct 8. Chaîne de la TNT lancée il y'a peu, son positionnement est assez clair : privilégier, dès que possible, le direct. Seize heures de programmes en direct sont ainsi produites chaque jour dans les studios de la Tour Bolloré à Puteaux. Il est à noter que comme toutes les chaines de télévision privée se voulant rentable, elle a supprimé son magazine culturel (Bonne n'huit). Il est a noté que Direct 8 acceuille sur son antenne un paria des médias (et pour de bonnes raisons) : J.M. Morandini. Consacrée au monde des médias, son emission Morandini! se veut impertinente mais est en fait tout ce qu'il y'a de plus politiquement correct. Il lui sera, par exemple, assez difficile de dénoncer la nullité de concept d'émissions telles que Big Brother, Fear Factor ou Star Academy car, comme ces dernières, Morandini! est produite par Endemol. Cette société, propriété à 75% de Telefónica, l'opérateur historique espagnol, s'est rendu célèbre pour la vactuité totale de ses programmes et la stupidité afligeante de ses dirigeants (Arthur, entre autres).
De toutes façons, comme toutes les chaînes de télévision privées Direct 8 n'est pas indépendante de sa tutelle politico-financière. Un peu comme TF1 et Bouygue, Direct 8 est placée sous le contrôle plus ou moins direct du groupe qui en est propriétaire : le groupe Bolloré. C'est d'ailleurs le patron du-dit groupe, Vincent Bolloré, qui s'est invité sur son antenne pour lancer la chaîne. Le même jour, 10 minutes seulement après le lancement, le Ministre de la Communication était déjà dans les studios pour "tester la capacité de chaîne a réagir aux conditions du direct". Il se trouvait aussi, que par un heureux hasard, le lancement s'est fait un 31 mars, soit la veille de l'anniversaire de Vincent Bolloré. Enfin, le 21 décembre 2006, un certain Yannick Bolloré s'est chargé d'annoncer lors d'une conférence de presse, la mise en place d'une nouvelle identité visuelle. Comme vous le voyez, le groupe Bolloré ne prend même pas la peine de cacher ses liens avec la chaîne et la gère de façon patrimoniale, le Yannick pré-cité étant sans aucun doute l'un de ses fils.
Arrêtons nous maintenant un instant sur le groupe de Vincent Bolloré. Comme je l'ai dit précédemment, le groupe n'étant pas coté en bourse il est assez difficile d'obtenir des informations fiables à son sujet. Ce groupe est en réalité une véritable nébuleuse. Ses activités sont extrêmement diverses et ses implantations sont nombreuse et à l'échelle mondiale. Son activité historique est industrielle : il s'agit de la fabrication de papiers minces destiné à l'industrie et aux particuliers. Les papiers à cigarette Odet-Cascadec-Bolloré (OCB) sont parmis les marques les plus connues du groupe. Ses autres activités industrielles sont la production de films plastiques et la construction de batteries. Ses activités de services sont :
  • La distribution d'energie à travers sa filiale Bolloré Energie
  • Le transport (maritime, routier et férroviaire) notamment en Afrique
  • La gestion de concessions portuaires.
Enfin, ses activités dans le secteur des médias :
  • Direct 8 evidemment
  • Les quotidiens gratuits DirectSoir et DirectMatin
  • La Société Française de Production (SFP) à travers Euro Media Télévision.
Jusqu'ici on pourrait être tenté de croire l'explication de Nicolas Sarkozy (qlsdsimbln) sur V. Bolloré comme quoi c'est une grand industriel français des plus respectable. Le seul problème est que le nom du groupe est irrémédiablement lié à des régimes africains assez peu recommandables. C'est particulièrement frappant au niveau de la République du Congo (à ne pas confondre avec la République Démocratique du Congo ou Congo-Kinshasa par opposition au Congo-Brazzaville). En effet, le président de la République, le général d'armée Denis Sassou-Nguesso, arrivé là en 1997 à la faveur de la guerre civile qui déchirait alors le pays ne fait pas parti de la catégorie des "démocrates". Une fois arrivé au pouvoir, il suspendit la constitution (approuvée par 93% des Congolais) et les libertés civiles. En 2002, il receuilli 89,54% des suffrages lors d'éléctions que les instances internationales n'ont pas déclarées conformes. Evidemment, la gestion du pays est patrimoniale : le président et sa famille laissent des notes absoluments hallucinantes au nom de la République dans les hotels les plus luxueux du monde lors de leurs déplacements officiels et des amis voire des membres de sa famille sont placés aux postes clefs.
Mais revenons à notre sujet : le groupe Bolloré. Tout d'abord quelles sont les activités du groupe présentes sur le térritoire congolais ? Bolloré Investissement, qui contrôle 91,7% du groupe Bolloré et qui est en quelque sorte le bras financier de la famille Bolloré contrôle également à 100% une société dénomée Saga qui gère une série d'activités portuaires en Afrique notamment. Son président, avant le rachat par Bolloré était Pierre Aïm, l'homme que les médias surnomment aujourd'hui le "M. Afrique du groupe". Au passage il est interessant de noté que la société Saga est accrédité Défense c'est à dire qu'elle est habilité à transporter des armes _ vous le constater, le lien entre le groupe Bolloré et les marchands d'armes est beaucoup plus ténu que pour les deux groupes précédemment évoqués, mais il existe. Les-dites armes étaient et sont encore générallement destinées aux nombreuses bases françaises encore présentes dans la région. Par ailleurs, un certain nombre d'entreprises privées assorties de jolis montages financiers, ont été fondée par le groupe dans le but d'y placer des membres de la famille du dictateur. Exemple : la Société Congolaise de Transport Maritime, société de droit luxembourgeois "réactivée" à l'initiative de Pierre Aïm et dont Willy Nguesso, le neveu du président, est aujourd'hui P-DG. Enfin, le groupe Bolloré a aparemment profité de la dictature, de lui fuite de capitaux qui a accompagné sa mise en place et de la complaisance du nouveau pouvoir pour augmenter son emprise sur l'économie congolaise ; le groupe est aujourd'hui en position de quasi-monopole en ce qui concerne ses activités de transport.
Une autre activité du groupe présente au Congo est "l'exploitation de plantations" comme le dit si bien le site officiel du groupe. Cependant, vous allez assez vite comprendre que cette formule est un doux euphèmisme. Bolloré, à travers diverse filières, dispose de conscession d'exploitation sur la forêt congolaise qui est une forêt primaire et qui constitue une énorme réserve de bio-diversité. Evidemment, l'exploitation qu'en fait le groupe est digne de celle pratiquée il y'a une trentaine d'année lors du lancement du projet de la Transamazonica, la route qui devait traverser la forêt amazonienne d'Est en Ouest. Pire, cette exploitation s'accompagne de déplacements de populations, d'une polution grave des terrains déboisés (l'incinération à l'air libre des dechets sylvains ou pas y est sans doute pour quelque chose) et de conflits entre la population et les exploitants. De plus, les espèces utiles sont surexploitées, et aucune politique de gestion raisonable de la forêt n'existe. Evidemment le bois ainsi extrait sert à la fabrication de produits dérivés à forte valeur ajoutées comme les papiers fins (dont 70% du prix à l'achet est absorbé par le conditionnement).

Vous le constatez, Vincent Bolloré est donc un grand industriel français. Son groupe n'est pas coté en bourse, permettant à son patron une gestion patrimoniale et une réactivité plus grande. La question de savoir si c'est un homme respectable, si son groupe mène ses projets dans un certaine éthique est de votre ressort. Lagardère avait dit qu'il avait le choix entre passer pour un incompétant ou un escroc et qu'il choisisait volontier la première possibilité. Bolloré n'aura jamais ce choix, à moins qu'il n'entre en bourse, mais ses activités de transporteurs d'arme et de fabricant de papier à cigarette font de lui un marchand de mort.