Nicolas Sarkozy, en déplacement au Salon de l’Agriculture, s’est quelque peu laissé aller.
Il aura suffit de quelques mots pour inventer une nouvelle polémique ; "Casse toi, pauvre con". Ainsi répondait le président à un audacieux badaud qui refusait de serrer sa main en des terme non moins grossiers.
La polémique qui s’en est suivi est partie de la diffusion de la vidéo correspondante par le Parisien et a enflée jusqu’à occuper la première place des flash d’informations des chaînes de Radio France. Outre le fait que cela illustre les errances actuelles de nos médias modernes, ces quatre mots mettent évidence le manque de sagacité et de sang froid du président.
Robert Badinter, ancien Garde des Sceaux et tombeur de la peine capitale, remarquait ce soir que le président Mitterrand, qu’il avait bien connu en son temps, ne se serait probablement jamais laissé aller à de tels propos. La question que pose une telle remarque est alors : quelle différence existe-t-il entre les deux hommes ?
La réponse qui me vient à l’esprit tient en un seul mot : la culture. Mitterrand, durant les quatorze années de ses deux mandats, a fait preuve, à chaque instant, d’une finesse d’analyse remarquable et d’une qualité d’expression, écrite comme orale, qu’il était difficile de ne pas remarquer. Outre la très grande maîtrise de la langue, cela témoignait de l’immense culture d’un homme qui n’était pas seulement un politique mais également un écrivain. Par ailleurs, le style de présidence qu’il a assuré contraste très nettement avec celui de la présidence actuelle ; la seule forme d’ostentation que s’autorisait Mitterrand était celle qu’impliquait sa fonction et le protocole attenant.
La Vème République, créée "à son image" par le Général de Gaule, fait du président un représentant unique de la Nation toute entière. Bien sûr, le Parlement est l’expression de la volonté populaire mais le Président occupe un statut particulier puisqu’au delà des partis, il représente la France dans son ensemble. La magistrature suprême est donc, en France, une fonction à la fois exécutive et symbolique. Exécutive car les pouvoir du président sont bien réels _ il n’inaugure pas seulement les chrysanthèmes _ et symbolique parce que ce président peut, par ricochet, être assimilé à la Nation tout entière puisqu’il exerce ses pouvoir en son nom.
Ainsi, ces quatre mots, prononcés dans un moment d’égarements, peuvent être ressentis comme étant adressés non pas seulement par le président lui-même mais par la Nation qu’il représente. Le candidat Sarkozy avait promis de se retirer de la vie publique s’il était élu pour "habiter la fonction" présidentielle. Outre le fait qu’il s’agissait là de sa première promesse non tenue, force est de constater que le candidat devenu président n’a que très peu conscience de la solennité, du sérieux et surtout de la réserve qu’implique cette fonction.
La chute vertigineuse dans les sondages du président n’a rien d’étonnant ; les Français ont peu apprécié de voir ainsi ridiculiser leurs institutions. Enfin, il ne s’agit pas la de la cause principale qui est le désaveu des réformes, aussi bien sur le fond que dans la forme, qu’a entrepris le gouvernement. Et la cote de popularité de François Fillon que les sondeurs s’étonnent de voir si élevée n’est pas significative car le Premier Ministre n’est rien de plus qu’un sous-fifre baragouinant inepties et sottises sans grand intérêt en ces temps d’hyperprésidence.
Le peuple français, le 6 mai 2007, a donc élu un homme dont le vocabulaire politique se limite a moins de 1000 mots, dont le manque de sang froid le fait insulter ses plus proches collaborateur (Cf. le 60 minutes de CBS qui lui est consacré), dont le manque de répartie le fait s’abaisser au niveau d’un simple provocateur et dont le manque de retenue le fait passer pour un guignol auprès de tous nos partenaires. La fonction présidentielle, et c’est le moins que l’on puisse dire, n’en sort pas grandie.
