Le MoDem ou l'illusion du changement

09 février 2009 à 16:47

Ces temps-ci les grands média nous ont abreuvé d'informations plus que favorables au MoDem sans jamais faire l'effort de les vérifier. Le parti, créé par Bayrou et fils spirituelle de l'UDF nouvelle version (à ne pas confondre avec la précédente ... là où l'on constate que les centristes sont des gens bien compliqués) s'est ainsi vu créditer, d'après certains sondages, de 10 à 14% des suffrages pour les européennes de 2009.

Pour la  jouer mesquin, nous préciserions tout d'abord que F. Bayrou, bien que très médiatique et protégé par certains (dont Marianne que la démarche n'honore pas ...) a bel et bien perdu les élections municipales à Pau. Que l'individu pré-cité est un des 4 députés de son parti dans une Assemblée Nationale, il est vrai, bien trop bipolaire et que la très grandes majorités des cadres de l'UDF ont fait défection une fois la stratégie de l'opposition au pouvoir en place choisie. Les plus connus d'entre eux ont d'ailleurs hérités de strapontins ministériels dans les 2 gouvernements Fillon ; la palme de la bêtise et de la trahison gratuite revenant bien sûr à Hervé Morin, actuel ministre de la Défense (préposé à l'astiquage des chars Leclerc le 14 juillet) et membre fondateur du parti censé incarner la pensée centriste en accord avec l'UMP ; le Nouveau Centre.

Pour vraiment en rajouter une couche, nous noterions, pour le plaisir de le faire, que la défection de la très grande majorité des cadres de l'ex-UDF pour l'UMP ou le Nouveau Centre illustre à quel point les-dits cadres étaient dotés de la qualité indispensable à tout élu du peuple ; le courage politique. Là, la simple honnêteté intellectuelle veut que l'on constate que le MoDem étant un parti neuf construit principalement sur l'opposition à Sarkozy, on peut espérer que ses nouveaux cadres soient un peu mieux dotés de ce coté là.

Mais pourquoi tant d'information d'un coup sur le parti de F. Bayrou ? Encore une fois, la seule explication plausible tient au seul mot définissant de façon précise la politique du gouvernement actuel : DIVERSION. Le MoDem offre en effet un marronnier idéal en face du vide abyssale laissé par les deux grands partis que sont l'UMP et le PS. 

L'UMP est si étroitement inféodée au Président de la République que ses actions sont forcément téléguidées depuis l'Elysée, et du coup, ne valent pas vraiment la peine d'être commentées. Un journal qui se laisserait aller à rapporter et à commenter largement les faits et gestes des trop fidèles et trop politiquement corrects servants de l'UMP, passerait rapidement pour ce qu'était la Pravda en URSS. Quant au PS, il faut bien reconnaître que depuis l'élection de son nouveau premier secrétaire (Martine Aubry pour ceux qui n'auraient pas suivi), ce parti semble être passé de l'état de choc post-traumatique suivant 2002 à un état végétatif duquel il semble peu probable qu'il ré-émerge un jour. Le plan de relance avancé par ce dernier, d'un montant d'environ 50 milliards d'euros, et auquel il manque un soupçon de progrès social et d'égalité réelle des chances pour pouvoir être crédible, n'a convaincu personne (si l'on en croit 13h de France Inter). 

Mais revenons-en à notre sujet : le MoDem. Ce parti, dont l'origine a été évoqué précédemment, se vend comme un parti centriste et européen. Mais étudions les valeurs qu'il défend d'un peu plus prêt. Pour cela, reprenons les 12 "valeurs" cités par la Charte des Valeurs, un des documents de référence du parti. Sans trop nous étendre, il nous faut dire à quel point ce court document (1 seule page) dégouline de bonnes intentions et suinte l'imprécision à chacune de ses lignes. 
Le point I évoque l'épanouissement personnel au sein d'une communauté laissant la porte ouverte à toutes les formes de communautarisme, ennemis mortels de la République qui est et doit rester Une. 
Les points II et III évoquent le pluralisme et la séparation des pouvoirs ... les propositions correspondantes n'ont cependant jamais pointé le bout de leur nez (point de VIème République pour M. Bayrou). 
Le point IV, sous couvert de liberté individuelle, doit être compris comme une véritable ode à l'individualisme. 
Le point V, fait de l'élu MoDem, un représentant particulier des veuves et des orphelins. 
Les points VI et VII évoquent un nouveau type d'économie : la social-économie. Le MoDem n'a cependant jamais précisé de quoi il s'agissait précisément. Par ailleurs ce nom n'est pas sans rappeler l'"économie socialiste de marché" devenue ensuite "économie de marché socialiste" puis "économie de marché tout court" dans l'Empire du Milieu. 
Le point VIII tente de nous faire croire que le MoDem veut défendre les droits individuels en réduisant les possibilités d'intervention dans la vie des citoyens de l'Etat. Le problème c'est qu'aucun exemple concret n'a jamais été évoqué mis à part ceux inclus dans les différents traités européens qui limitent les possibilités de l'Etat seulement en matière économique et sociale.
Le point X évoque la laïcité, seule garante selon eux d'une construction européenne réussie. Ici, les prises de Bayrou en France lui font honneur mais qu'en est-il pour les autres pays de l'Union ? 
Le point XI met en avant l'avènement d'institutions internationales. Questions : lesquelles, comment, par qui, pour qui, sur quelles bases idéologiques/économiques/sociales ? Le site du MoDem est muet sur la question.
Enfin, Le point XII pose la construction européenne comme un devoir. Le problème ici, c'est que pour le MoDem l'Europe doit bel et bien se construie sur la base des traités européens précédent dont le très contesté traité de Lisbonne qui n'est rien d'autre, il est bon de le rappeler, qu'une copie exacte mais dans le désordre de feu le Traité Constitutionel Européen (TCE).

Après ce petit examen et quelques heures passées à explorer le site du MoDem, un seul constat s'impose : la vacuité abyssale des propositions faites. Si à cela on ajoute, une stratégie d'alliance totalement opportuniste (à droit ou à gauche en fonction des sondages) et sans logique politique aux dernières municipales, doublée d'une posture d'opposition au pouvoir en place plus que douteuse on obtient le MoDem, un parti sans députés ou presque et sans assise locale réelle. Son constat principal i.e. l'inexistence du clivage droite/gauche en France est pour moi une grave erreur. Le peuple se polarise toujours entre deux conceptions de l'Etat diamétralement opposée : l'une où l'Etat est le spectateur passif d'un marché tout puissant, et se contente d'assurer des services toujours de plus en plus réduits, et l'autre, où l'Etat peut réguler le marché afin que ce dernier contribue efficacement à une société juste et ouverte (et pas seulement aux capitaux du monde entier). Le MoDem qui fait mine de se place au centre de ce clivage est en fait un fervent partisan de la première conception : son acceptation totale du Traité de Lisbonne, même au delà du Non souverain exprimé lors du référendum de 2005 rend cela on ne peut plus clair.